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Historique de l'immeuble
Le terrain est d'abord concédé en 1797 au marchand André Lemaire dit Saint-Germain, dont le magasin général était situé en face de l'église de Saint-Eustache, là où se trouve aujourd'hui la maison Marsil. Cette concession est de la pure spéculation, puisque Lemaire revend le terrain le même jour à un cultivateur, Charles Charbonneau père. Parmi les gens qui vont habiter ce lieu durant la première moitié du dix-neuvième siècle, on retrouve le maître-meunier François Proteau, de novembre 1801 à février 1814. Une curieuse histoire se produit avec le terrain dans les années 1840. Vers 1840 ou 1841, le propriétaire de l'époque, Guillaume Paquette, le vend verbalement à Joseph Deguire dit Larose qui s'y installe. Puis, en 1845, Paquette vend une seconde fois le même terrain, devant notaire cette fois, à Maximilien Globensky. Ce dernier veut donc faire expulser Deguire qui, selon lui, occuperait illégalement le terrain. Nous ne savons pas si un accord est intervenu entre les deux protagonistes ou si l'affaire s'est retrouvée devant les tribunaux, mais c'est la vente verbale qui a finalement été considérée comme valide, puisque c'est Joseph Deguire qui revend le terrain en 1848 et Maximilien Globensky n'apparaît plus dans la chaîne de titres.
Le premier forgeron à s'y installer est Andrew Todd junior, en 1852. Encore mineur à cette époque, il a à peine vingt ans, c'est son père Andrew senior, cultivateur à Lachute, qui l'appuie dans sa démarche. La famille Todd est probablement originaire du Nord-est de l'Angleterre (comtés de Durham et de Northumberland) ou du Sud-est de l'Écosse (région des Borders), où les Todd se retrouvent en grand nombre. Pendant le siècle qui va suivre, soit de 1852 à la fin des années 1950, huit forgeron vont exercer leur art à cet endroit. Todd y travaille tout d'abord jusqu'en 1859, lorsqu'il vend au forgeron Joseph Desjardins fils. Ce dernier change cependant d'idée puisqu'il rétrocède la boutique à Todd en 1862. En 1864, Todd vend à nouveau l'installation à Damase Rochon, qui va conserver la forge jusqu'en 1876.
C'est ensuite Cléophas Bouvrette, un forgeron de Sainte-Monique, qui décide de prendre en charge la forge de Saint-Eustache. D'abord marié à Dina Proulx dit Clément, Bouvrette épouse ensuite en secondes noces Marie-Louise Charbonneau de Montréal, en 1896. En avril 1909, il vend la boutique de forge à Eusèbe Leduc, un forgeron de Montréal, et son épouse, Imelda Charlebois. Un an plus tard, cependant, survient à Saint-Eustache une catastrophe majeure: tout le haut du village est incendié, le 17 avril 1910. De ce côté de la rue, il ne reste plus que les murs calcinés de l'église presbytérienne, au milieu d'un champ de ruines. Deux éléments importants de la vie du village ont disparu: la boutique de forge d'Eusèbe Leduc et la boulangerie de David Goyer dit Bélisle, située tout près.
Leduc reconstruit la maison en briques, qui existe toujours à côté de la Petite église, et la boutique de forge, à l'Ouest, qui a été démolie il y a quelques années, sur le site de l'actuel terrain de stationnement du Centre d'art. De 1921 à son décès en 1926, c'est le forgeron Osias Deslauriers qui va animer la boutique pendant quelques années, puis Arsidas Legault, pendant un an à peine.
En avril 1927, c'est Odina Richer, forgeron de Sainte-Geneviève, qui achète la forge et qui va y oeuvrer pendant trente ans. Avec le déclin des activités de la forge, la boutique va devenir une vitrerie, avant d'être démolie au milieu des années 1980. La maison des forgerons, quant à elle, aujourd'hui propriété de la Ville de Saint-Eustache, est occupée par le Service des arts et de la culture. Une plaque commémorative, apposée il y a quelques années sur sa façade, nous rappellait le souvenir de ces forgerons de Saint-Eustache.
Références
- Vallières, Marc-Gabriel, «Les maisons d'ancêtres: 13. La maison des forgerons», dans L'Éveil, 15 juillet 2000.