3. La côte Saint-Lambert

par Marc-Gabriel Vallières
Article inédit.

Un des villages importants de l'Augmentation de la seigneurie des Mille-Îles, celui de Saint-Sauveur-des-Monts, s'est développé dans une longue vallée au coeur de laquelle ont été concédées au milieu du XIXe siècle une série de terres constituant la côte Saint-Lambert.

Cette côte tire son nom de la famille Lambert-Dumont, propriétaire initiale de la seigneurie de la Rivière-du-Chêne et de l'Augmentation. Le seigneur Charles-Louis Lambert-Dumont étant décédé en 1841 en son manoir de Saint-Eustache, c'est sa fille mineure Virginie qui hérite de sa part de la seigneurie. Le 13 janvier 1845 l'honorable Gabriel Roy, beau-père adoptif de Charles-Louis et tuteur de Virginie commence à concéder les terres de la côte Saint-Lambert, au nom de sa pupille. En deux jours à peine il cède vingt terres à de nouveaux colons. De ces terres, quinze sont concédées à des habitants de la paroisse de Saint-Jérôme, une à l'arpenteur Emery Féré de Saint-Eustache et quatre à des habitants de Sainte-Scholastique(1). Il s'agit de Théophile Leblanc, Alexandre Monette (qui y a épousé Félicité Lemay le 16 novembre 1841), Eustache Monette (qui a épousé Angélique Beauchamp, toujours au même lieu, le 8 juin 1841) et Magloire Valiquette (époux d'Archange Laurin depuis le 14 février 1843).


La côte Saint-Lambert et le village de Saint-Sauveur vers 1945
(carte postale par Ludger Charpentier, collection M.-G. Vallières)

Lorsque des terres sont concédées, il faut évidemment prévoir des chemins carrossables pour les atteindre. Le 25 mai 1846 le Conseil de la nouvelle municipalité de la Paroisse de Saint-Jérôme, de qui relèvera ce territoire jusqu'à la création de la Paroisse de Saint-Sauveur, charge Jean-Baptiste Strasbourg, un cultivateur de Saint-Jérôme, d'organiser l'ouverture d'un chemin de base dans la côte Saint-Lambert et d'établir la répartition des coûts auprès des habitants(2). Le 8 juin à 8 heures de l'avant-midi, il rassemble tous les habitants de la côte dans la maison de l'un d'eux, François Brien dit Desrochers. Sont présents, outre Brien, Isidore Miron, Joseph et Pierre Millette, Jacques Godon fils, François David, Jean-Baptiste Amiot dit Villeneuve, Antoine Rocbrune dit Larocque, Édouard Damour, Jacques Vaudry, Jérémie Paquette et François Villeneuve. Aucun des habitants provenant du comté de Deux-Montagnes et ayant obtenu une terre l'année précédente n'est présent, n'ayant probablement pas encore eu le temps de s'y établir.

Il est résolu que le chemin aura trente pieds de large entre deux fossés de trois pieds chacun et qu'il ira de la terre d'Antoine Rocbrune dit Larocque, à une extrémité de la côte, jusqu'au chemin de base des terres de la rivière du Nord. Il est aussi établi, tel que le veut la loi, que l'entretien du nouveau chemin sera à la charge de tous les habitants, chacun devant s'occuper de la portion située devant sa terre.

Il est probable que le nouveau chemin est rapidement construit durant l'été 1846 car au mois de septembre, lorsque vient le temps d'ouvrir un nouveau chemin dans la côte Saint-Gabriel, située plus au Nord, on mentionne qu'une montée doit être ouverte entre le chemin de base de la côte Saint-Lambert et celui qui doit être créé dans la côte Saint-Gabriel.

Comme on l'a vu plus haut, le quart des premiers occupants de la côte Saint-Lambert venait du pays des Deux-Montagnes. D'autres viendront les rejoindre dans les années qui suivent. C'est le cas par exemple pour Pierre Paradis et André Renaud, tous deux de Saint-Benoît, qui se voient concéder des terres(3) dans la même côte en novembre 1846.

Durant l'année 1847, on voit arriver deux habitants de Sainte-Scholastique : Jean-Baptiste Fauvel dit Bigras (probablement celui qui y a épousé Josephte Drouin le 24 octobre 1831) et Louis Renaud. Deux proviennent de la paroisse de Saint-Benoît : Joseph Sarrazin (qui a épousé Esther Libersan le 31 janvier 1842) et Alexandre Victard dit Couvrette (qui a épousé Marie-Louise Rodier le 8 octobre 1827). Un autre enfin vient de Saint-Augustin : Paul Filion fils. Une seconde terre est aussi concédée la même année à l'arpenteur Emery Féré de Saint-Eustache, selon toute probabilité pour des raisons spéculatives.

Jusqu'au milieu des années 1850, durant lesquelles se poursuivra la concession des terres de la côte Saint-Lambert, un flot constant d'habitants des Deux-Montagnes va y émigrer directement. Si on devait cependant vérifier la provenance initiale des familles de Saint-Jérôme qui se sont alors redirigées vers Saint-Sauveur (les Jérômiens représentent plus de la moitié des concessionnaires), les statistiques nous montreraient probablement que la majorité des familles de la côte Saint-Lambert est issue des Deux-Montagnes, puisque le peuplement de Saint-Jérôme avait été fait en grande partie par les habitants de la rivière du Chêne, vingt ans plus tôt!

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(1) Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Centre d'archives de Montréal (BAnQ-Mtl), CN606,S14, greffe du notaire André Bouchard dit Lavallée, 13 et 14 janvier 1845.
(2) BAnQ-Mtl, CN606,S60, greffe du notaire Melchior Prévost père, 9 juin 1846, minute 476, Procès-verbal d'un chemin dans la côte Saint-Lambert.
(3) BAnQ-Mtl, CN606,S14, 14 et 25 novembre 1846.